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Retour d'expérience

Place à l’imagination

Laissons les enfants dessiner un ciel rose et un soleil marron

Maman d’un petit garçon de 3 ans, il y a un sujet qui me préoccupe depuis plusieurs mois déjà. Il s’agit de la capacité des adultes à brider l’imagination des petits. Et le pire, c’est que je ne pense pas que ce soit volontaire. Non, je pense plutôt qu’ils sont attachés à la réalité et ont oublié l’enfant en eux.

Une fois, mon fils de 3 ans faisait un dessin. Il a demandé à un adulte un soleil marron, qui lui a dit « non, le soleil c’est jaune ou orange, pas marron ». Pourquoi ?

Des scènes comme ceci, j’en vois très souvent. La plupart du temps, je n’ose pas reprendre les gens, qui prennent du temps pour échanger avec mon fils. Cependant, je trouve ça plutôt triste. J’admire les enfants et leur capacité à s’imaginer dans une jungle au milieu du supermarché ou de voir leur fauteuil comme un canoë de sauvetage. Imaginez si justement un jeu vidéo ou un film montrait un soleil marron et ciel rose ? Avec de bons effets spéciaux, ce serait magnifique.

Quand j’étais institutrice, j’avais donné une rédaction pour faire travailler le futur. Les corrections m’avaient vraiment donné le cafard. Sur 23 élèves, je n’avais que 2 avec une réelle imagination : « maitresse-archéologue » et « footballeur-tireur d’élite ». La plupart reprenaient les métiers classiques « maitresse » « infirmière » « médecin » « footballeur », etc. Le plus triste « je ferai centrale ». Il avait 8 ans, n’avait aucune idée de ce qu’était centrale ni sur quoi débouchait cette école d’élite. Il avait juste entendu qu’il devrait faire ça, ou bien papa en sortait.

 

Les réactions face à l’imaginaire.

Ce rejet de l’imaginaire me touche aussi en tant qu’adulte, et en particulier en tant qu’auteur. Il y a ceux qui trouvent les écrivains trop rêveurs ou trop déconnectés de la réalité. Et pourtant, je suis convaincue que c’est bien le contraire qui se passe. Pour créer des situations et des personnages qui parlent au lecteur, il faut avoir un regard aigu sur nos congénères. Et puis la fiction permet bien souvent de dénoncer des réalités actuelles sans accuser personne, ou bien d’alerter des dérives de pratiques actuelles.

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Handmaid’s tales ou comment la dystopie donne envie de se battre pour ses droits.

En salon, combien d’entre nous ont déjà entendus « ah, mais c’est pour du faux, j’aime pas », d’un ton franchement dédaigneux. Ce qui est stupide, parce qu’à moins de lire des documentaires (et encore, il y a la question de la fameuse « vérité historique »), la fiction sera forcément « pour de faux ». Pour éviter ce genre de réaction, j’annonce la couleur directement avec mon stand : motifs celtiques, couverture de fantasy, terme « magie » utilisé rapidement. Comme ça, ceux qui viennent sont vraiment intéressés.

 

La littérature de genre.

Lors du salon de Fribourg, j’ai fait la connaissance de Marilyn Stellini qui est à l’origine du groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre. La littérature de genre, c’est quoi ? Eh bien, c’est tout ce qui n’est pas de littérature générale. En fait, est considéré comme littérature générale ou littérature tout court, les récits contemporains. Si c’est trop romantique ce sera de la romance, et donc pas de la littérature. Enfin si, mais de genre. La littérature de genre regroupe en fait tous les autres : la romance, la science-fiction, la fantasy, la bit-lit, le polar, l’historique, jeunesse, young adult etc. Personnellement, je déteste cette vision binaire, et un brin condescendante, du paysage littéraire. Ça sonne un peu « nous et les autres ».

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Les œuvres de Jules Verne sont classées dans la littérature générale, alors qu’ils s’agit de littérature de genre non ?

 

Je n’avais pas conscience de ça avant. La première fois, j’ai été surprise par une journaliste qui m’a demandé ce que je pensais de la « sous-littérature ». Je n’avais jamais entendu ce terme avant, ou alors pour les BD.

Lors de la table ronde du Salon du livre de Fribourg, cinq auteurs témoignaient de leur parcours. Un joli parcours puisque tous étaient édités par une grande maison d’édition. Aucun autoédités, aucun dans une petite maison et surtout, aucun sortant de la littérature générale. Le thème ? « Être auteur aujourd’hui ». Je n’ai pas trouvé qu’ils représentaient particulièrement ma vie, ni celles des nombreux autres auteurs que je connais.

 

Pour conclure, je crois que l’imagination est un atout énorme dans notre société. Pas seulement pour devenir écrivain, mais pour avancer. C’est grâce à l’imagination que l’on trouve des solutions originales, quand les classiques ne fonctionnent pas. C’est aussi elle qui pousse des chercheurs, tous domaines confondus, à découvrir de nouvelles choses.

L’imagination est aussi au cœur de nos loisirs. Les films et les séries que nous regardons, les livres que nous lisons, les tableaux que nous accrochons, les vêtements que nous portons, les produits que nous achetons, les manèges et les parcs de loisirs que nous fréquentons, etc. Tout autour de nous a été créé par quelqu’un qui a laissé son imagination parler. Alors, laissons les enfants faire des chevaux rouge et bleu, ils apprendront bien assez tôt la conformité et la réalité. Laissons nous entraîner dans la fiction, nous pourrions bien voyager loin et apprendre beaucoup.

 

Pour finir, je vous laisse avec cette chanson me convainc que je fais un super métier: ici.

 

4 Comments

  • Julien Hirt
    septembre 15, 2018 at 12:55

    Comme Boulet, je ne suis pas persuadé que les enfants ont tant d’imagination que ça : http://www.bouletcorp.com/2007/12/11/fuck-peter-pan/

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    • Amélie
      septembre 16, 2018 at 8:47

      Ahh Boulet! Je ne connaissais pas cette planche. Mon article est plus un plaidoyer pour laisser ceux qui rêvent le faire. Ils sauront bien assez tôt qu’une personne sur deux ne peut pas devenir cosmonaute ou éleveur de dinosaure. Après je ne sais pas si l’imagination vient de la personnalité, de la sphère familiale ou de la culture dans laquelle l’enfant est baigné.

      Pour l’anecdote, en master je suivais un cours de sociologie des croyances collectives. Le professeur nous a demandé de dessiner un monstre. Après être passé dans les rangs, il a souligné qu’aucun d’entre nous n’avait vraiment dessiné un monstre, car tous reprenaient les codes de la géométrie (symétrie ou figure géométrique). Alors qu’il aurait été très effrayant de faire un monstre qui ne respecte pas ces codes. En fait, nous étions déjà conditionnés par des normes esthétiques.

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  • Mélusine
    septembre 17, 2018 at 8:47

    Excellent article, qui m’a beaucoup touchée.
    On critique toujours les gens trop rêveurs ou déconnectés de la réalité.
    Mais ils feraient bien de se souvenir des gens célèbres dont l’imagination a marqué l’histoire. Un exemple bien scientifique : Thomas Edison, créateur de l’ampoule électrique.
    Ou bien De Vinci, les frères Wright…
    Les architectes aussi ont besoin de leur imagination, pour inventer des structures originales et audacieuses, même s’ils se servent de nombreux calculs et de leur enseignement, basé sur des choses concrètes.
    Et les cuisiniers, qui doivent faire preuve d’imagination pour créer de nouveaux plats et nous font découvrir de nouvelles saveurs…
    C’est pareil pour les écrivains, sauf que nous, nous nourrissons l’esprit.
    Il ne faut jamais brider l’imagination, surtout chez l’enfant. C’est sa personnalité qui commence à se manifester, laissons-la se développer !

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    • Amélie
      septembre 17, 2018 at 3:18

      Merci. Tout à fait d’accord. La société n’aime pas les rêveurs, alors qu’on s’extasie devant les créations des pâtissiers, artisans etc… au point d’en faire des concours et des émissions. C ‘est paradoxal.

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