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Conseils d'écriture

Les héros, tous orphelins ? (1e partie)

Partie 1 : Mais que font les parents ?

 

Vous l’aurez remarqué, le héros en fiction est bien souvent un orphelin. Au point que certains crient au cliché. C’est vrai que les auteurs ont facilement recours à cette solution. Alors, pourquoi nos livres sont-ils parsemés d’orphelins ? Voici quelques pistes pour comprendre pourquoi ce motif est récurrent. Dans un premier temps, je vais me pencher sur le rôle du parent.

Tout d’abord, il convient de définir le rôle du parent. Ce statut peut recouvrir plusieurs définitions :

  • Le géniteur.

Si on s’en tient au rôle purement biologique, un couple de parents définit deux géniteurs, les créateurs du héros. Les événements qui ont conduit à cette naissance peuvent être générateurs d’histoires très différentes. Que le héros ait été conçu par amour ou non, qu’il ait été désiré ou non influence fortement sa trame.

 

  • L’éducateur.

Un parent peut aussi être la personne qui élève le héros avec ou sans lien biologique. Dans ce rôle, il enseigne au héros les bases de la survie (manger, se déplacer, survivre), mais aussi la vie en société avec leurs propres codes (religion, moralité, rapport à l’autre). Si ces parents de substitution sont en opposition avec les géniteurs, le héros va être soumis à un conflit source d’histoire. Dans Tarzan, seigneur de la jungle de Edgar Rice Burroughs, la rencontre avec la société humaine et le retour de Tarzan auprès de son espèce est le cœur même des récits. Dans le livre de la Jungle, de Rudyard Kipling, Mowgli, quant à lui, reste hors du monde des humains.

Parfois, l’éducateur n’est pas une personne bienveillante. Le héros va donc chercher à s’émanciper voire à fuir ce parent. Dans Jane Eyre, de Charlotte Brontë, Jane subit les affres de sa tante et de ses cousins avant d’être envoyée à l’orphelinat.

 

  • Le protecteur.

Les parents sont garants de la sécurité de leurs enfants. En tant que responsables, ils se doivent de veiller à ce que le héros ne se mette pas en danger. Or, sans danger, il n’y a pas d’aventures. Voilà selon moi le principal frein que représentent les parents dans les œuvres de fiction. Pour parer cette difficulté, il faut soit que le héros ait atteint un âge qui le dispense de la présence de ses parents, soit qu’il soit de nature à partir vivre des aventures derrière le dos de ses parents (Le club des cinq, d’Enid Blyton), soit que le rôle de protecteur du parent soit lacunaire (volontairement ou non).

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Sérieusement, dans Stranger Things, c’est la seule qui s’inquiète de savoir où sont ses enfants.

 

L’absence de parents.

Pour contrer le rôle protecteur du parent, il faut pouvoir justifier son absence ou sa distance. Il existe donc plusieurs explications :

L’absence volontaire.

Peut-être que le parent a choisi de laisser quelques libertés à son enfant pour des raisons éducatives. Par exemple, quand le récit s’adresse à un public plus jeune, ou se déroule à une époque durant laquelle on laissait volontiers les enfants jouer dans la forêt toute la journée. C’est assez typique d’ailleurs des films de Spielberg avec des enfants (E.T., Les Goonies, etc.). Cet effacement volontaire peut aussi prendre la forme d’une distance volontaire, voire d’un abandon. Dans les royaumes du Nord, de Philip Pullman, Lyra est confiée par son oncle au Collège et la délaisse largement. Dans le Petit Poucet, les parents essaient par deux fois de se débarrasser de leurs sept enfants.

 

La distance forcée.

L’autre façon d’éloigner un parent de son enfant sont les circonstances. Dans les Misérables, de Victor Hugo, Fantine est contrainte de confier Causette, car son travail ne lui permet pas de s’occuper de sa fille. Dans Hunger Games, de Suzanne Collins, c’est le Capitole qui arrache les enfants à leur famille pour les jeter dans l’arène, mais en amont, la mère de Katniss est déjà incapable de remplir son rôle, trop engluée dans son veuvage et la dépression, au point que sa fille prenne sa place. Sur un ton plus léger, dans Harry Potter, Molly Weasley, comme tous les parents des élèves, est contrainte de laisser ses enfants en internat. La scène du dernier Harry Potter dans laquelle Hermione efface la mémoire de ses parents pour ne pas qu’ils s’inquiètent à son sujet me brise le cœur à chaque fois. Enfin, dans La Terre des héros, Hélène ne peut suivre Aleya dans ses aventures, contrainte par son ordre de rester au Temple.

 

La mort.

Assez expéditive, cette solution est pourtant choisie par de nombreux auteurs. Il faut dire qu’elle écarte efficacement le problème de la protection parentale. De plus, ce choix est réaliste. Ce n’est que très récemment que notre société occidentale bénéficie d’un taux de mortalité faible et d’une meilleure assistance aux plus démunis. Or, durant longtemps, la pauvreté et l’ordre moral poussaient les mères seules ou miséreuses à abandonner leur enfant. De plus, les risques élevés de maladie et de mort en couches augmentaient la proportion d’orphelins. Nos contes pour enfants sont ponctués d’orphelins abandonnés en raison de conflits autour des héritages, d’un remariage. Cendrillon et Blanche-Neige doivent toutes les deux vivre avec leur horrible belle-mère. Enfin, on retrouve la question du motif du parent assassiné ou disparu est porteur de nombreuses histoires et va initier plusieurs quêtes différentes.

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***

La question du parent est essentielle dans la construction de votre héros. Il convient de définir l’identité des personnages qui tiendront ces trois rôles principaux afin de comprendre comment l’enfant s’est construit. Selon l’âge de votre personnage, il faut s’interroger sur la présence ou non de sa famille biologique ou affective et tenter d’expliquer son absence ou sa distance. Vous pouvez également l’intégrer dans ses aventures, avec les conséquences narratives que cela implique.

Dans un prochain article, je vous parlerai de l’intérêt narratif que représente un personnage orphelin.

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