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Conseils d'écriture

Le lieu d’action: le huis clos.

En cette période de confinement, je vous propose de faire un tour d’horizon d’un cadre assez particulier : le huis clos.

Bien souvent, on parle de « huis clos » comme s’il s’agissait d’un genre. Or, c’est davantage un cadre d’action qui peut être appliqué à n’importe quel genre. Sa particularité est de concentrer en un lieu précis l’action et bien souvent avec l’impossibilité de partir de là. Si la contrainte est physique (les portes sont closes), elle peut aussi être psychologique ou morale.

1. L’intérêt

Ce cadre est intéressant si vous souhaitez apporter un environnement stressant, voire angoissant. Le sentiment d’enfermement tient le lecteur en haleine et pousse les personnages dans leur renforcement. Ajoutez un tueur à l’intérieur des murs ou une sortie de secours, et vous avez un scénario classique des films d’horreur.

Si la sortie ne peut pas se faire, et que rester à l’intérieur demeure plus sain que l’extérieur, les personnages vont devoir prendre leur mal en patience. Les tensions vont être plus psychologiques. Ce cadre favorise l’introspection, mais aussi les discussions, les révélations et les mises au point.

Il ne faut pas oublier que, pour des raisons pratiques d’abord, le huis clos demeure le cadre classique des pièces de théâtre. La preuve que cette situation peut aussi servir à l’humour ou au burlesque.

 

2. Exemples dans la littérature

  • Les dix petits nègres, Agatha Christie

Dans son livre, l’auteur place ses personnages sur une île et les tue un par un. L’impossibilité de partir et le danger augmentent la tension. En remontant dans le passé de ses personnages, Agatha Christie développe leur psychologie, mais également leur culpabilité. L’auteur semble aimer le huis clos, puisqu’elle utilise souvent ce procédé dans ses livres. Dans Le crime de l’Orient Express, les personnages ne peuvent pas descendre du train, ni ceux de Mort sur le Nil, coincés sur leur bateau. Il faut dire que le huis clos permet de garder le coupable sous la main, et de ne pas avoir à empêcher son éventuelle fuite.

  • Les Combustibles, Amélie Nothomb7

Bon, je dois avouer, j’ai détesté ce livre étudié au lycée. D’ailleurs, je ne suis pas fan de l’auteur. Dans son livre, Amélie Nothomb place trois personnages dans une pièce remplie de livres. Dehors, il y a la guerre, on ne peut pas sortir. Il fait froid et il n’y a rien d’autre à brûler que les livres. Il s’ensuit alors une longue pièce (parce que c’est du théâtre) autour du débat « Quel livre sauver ? Lequel brûler ? ». Ce huis clos est très introspectif. L’extérieur est très peu développé. Quelle guerre ? Quand ? Pourquoi ? Ce n’est pas le propos de la pièce, et je doute que l’autrice y ait même réfléchi. Il n’y a aucun espoir d’accalmie (ça fait trois mois qu’ils sont tous enfermés). Le livre est philosophique, et les trois personnages ne font que débattre, attendre et grelotter. L’idée en soi n’est pas mal, et a d’ailleurs été reprise dans Le jour d’après , mais bon, c’est du théâtre et c’est Amélie Nothomb.

  • Le journal d’Anne Frank

 J’aurais peut-être dû commencer par celui-ci. Le huis clos par excellence. Enfermée dans une minuscule annexe, Anne Frank ne peut pas sortir sans risquer sa vie. Déjà à l’étroit, elle va devoir cohabiter avec sa famille et plusieurs autres personnes, et entendre la vie qui continue dans la rue en bas. Ce huis clos est saisissant, non seulement parce que ce n’est pas une fiction, mais aussi parce qu’Anne dépeint les autres avec une maturité surprenante pour son âge. Enfermée deux ans, il y a de quoi perdre patience. Les différentes personnalités rentrent en conflit et perdent patience. Seulement voilà, personne ne peut vraiment partir. À mon avis, c’est le livre à lire au moins une fois dans sa vie.

  • Le transperceneige, J. Lob et J.M. Rochette

À l’origine du film, il y a un roman graphique (trop violent à mon gout). Dans un futur proche, le reste de l’humanité vit dans un long train. Dehors, il fait si froid que quiconque sort meurt gelé. Le train ne doit jamais s’arrêter, sinon tout le monde meurt. À l’intérieur, la société est organisée selon les wagons (les travailleurs, les décideurs, etc.). Mais un jour la révolte gronde. L’idée d’un train surpeuplé permet d’avoir suffisamment de personnages pour organiser une société et les problèmes qui en découlent. La fresque dépeinte est donc plus sociétale que psychologique et la fin est sujette à discussion. Je regrette surtout la trop grande place laissée à la violence.

  • Hunger Games, Suzanne Collins.

Dans ce récit, on retrouve l’enfermement à deux niveaux. Le premier au niveau des districts, d’où les habitants ne peuvent pas partir et le second dans les arènes. Les concurrents sont enfermés dans des aires de jeux avec pour consigne d’être le dernier survivant. La forêt pourrait presque nous faire oublier le huis clos, mais l’absence de sortie de secours rend bien réel l’enfermement.

Mais aussi: Labyrinthe de J. Daschner, Brume de Stephen King,

3. Ailleurs qu’en littérature :

La littérature n’a pas le monopole du huis clos. Dans le paysage audiovisuel, on retrouve ce cadre dans des genres très diversifiés :

K-19: le piège des profondeurs de K. Bigelow. Un huis clos dans un sous-marin, idéal pour les claustrophobes.

  • Les films d’horreur:

Shining, de S. Kubrick, raconte la folie d’un homme enfermé dans un hôtel perdu dans la montagne ; Cube de V. Natali, celle d’un groupe enfermé dans un cube constitué de salles piégées et évolutives. Dans la franchise Saw, les personnages doivent obéir à des jeux macabres pour pouvoir sortir. La recherche de la liberté et la fuite du danger sont les thèmes essentiels. Les films de zombies sont aussi friands des huis clos.

  • Les thrillers:

Dans Panic Room, une mère (Judie Foster) et sa fille se réfugient dans le panic room de leur nouvel appartement et tentent de prévenir l’extérieur de la présence d’un malfrat. Dans un genre plus enfantin, Maman j’ai raté l’avion , un enfant piège sa maison et tente de faire fuir les cambrioleurs. Dans ces deux films, l’intérieur est en sécurité et le danger vient de l’extérieur. Le Village de N. Shyamalan, raconte l’histoire d’un village coupé du monde dans lequel des événements étranges surviennent. Il faut demander l’aide à l’extérieur.

 

  • Drame :

The Truman Show de P. Weir raconte la vie de Truman (Jim Carrey) persuadé de vivre dans une émission de télé. Tout est fait pour lui donne l’illusion de la réalité, mais depuis son enfance, la sortie n’est pas envisageable. Le film raconte ses doutes et sa quête de liberté.

 

  • Les films d’amour:

Quand on est coincés quelque part, quoi de plus logique de tomber amoureux ? Dans 6 jours, 7 nuits, une journaliste doit survivre sur une île déserte avec le pilote de l’avion (Harrison Ford).

 

  • Les dessins animés:

Raiponce, cherche à sortir de sa tour pour conquérir le monde et tenter d’échapper à l’emprise psychologique de sa mère. Dans La Belle et la Bête, la jeune fille tente d’amadouer son preneur d’otage et les deux tombent amoureux.

 

  • Les comédies musicales:

Huit Femmes racontent la découverte du corps du seul homme de la maison. Coincées par une tempête de neige, les huit femmes se soupçonnent, se jalousent, se disputent et révèlent les secrets. Le ton est à la fois dramatique et léger, non sans une pointe d’humour. Dans Mama Mia, une jeune femme convoque ses trois pères potentiels sur une île pour son mariage. Bloqués par les horaires de bateaux, ils sont obligés de rester, et doivent éviter la mère de la jeune fille, ce qui donne des situations drôles.

 

 

Dans Douze hommes en colère, un jury analyse un crime et doivent déterminer la culpabilité de l’accusé.

 

Mais aussi: Fight plan (2005), Alien le huitième passager (1979), Abyss (1989), Passengers (2016) et beaucoup, beaucoup de films d’horreur…

 

  • Les séries télévisées:

Le huis clos est un cadre qui se prête à de nombreux genres. Casa de Papel raconte une prise d’otage dans un cadre fermé, la maison de monnaie à Madrid. La tension entre les braqueurs entre eux, avec les otages et la police révèle les différentes personnalités. À l’extérieur la police est une menace pour eux et ils doivent trouver un moyen de sortir avant l’assaut.

Lost se passe sur une île perdue où se déroule des événements étranges. La tension se crée avec les différents personnages et l’incompréhension de la situation. Lorsqu’un personnage parvient à sortir de là, il disparait. Ce qui est d’autant plus stressant (a-t-il réussi ?).

La science-fiction adore les huis clos, en particulier avec le thème de l’arche. Dans Battelstar galactica, les derniers survivants de l’humanité se trouvent dans une flotte réduite, dans des vaisseaux spatiaux. Certes, les vaisseaux naviguent dans l’espace. Pourtant, on est plus proche du huis clos que du road-movie. La société se recrée dans ces vestiges de l’empire galactique, avec des tensions politiques, économiques, philosophiques et théologiques. Je pourrais aussi citer Stargate Universe, Perdu dans l’espace… Même si ces séries placent parfois l’action sur des planètes passagères, il n’en demeure pas moins qu’elles concentrent une poignée de personnage, sans leur donner la possibilité de s’épanouir seul et ailleurs. On retrouve aussi en Science-fiction le thème du confinement d’un village entier (Under the dome, Colony).

Mais aussi: Terra nova (2011), Room 104, Prison Break (2005)…

 

Je ne suis pas fan du huis clos, sauf en science-fiction, je dois reconnaître que c’est un cadre d’action qui offre beaucoup de possibilités. Les thèmes de la mise en sécurité, de la recherche de la liberté, de la cohabitation et des secrets sont intrinsèques à ce cadre.

Amis auteurs, en cette période de confinement, servez-vous de vos observations pour écrire un huis clos.

 

 

À suivre : les road-trip en littérature.

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