À l’occasion de la Saint-Valentin, je voulais m’intéresser aux déesses de l’amour dans les différentes mythologies.
La notion d’amour
Il faut d’abord se demander ce qui se cache derrière la notion d’amour. Si aujourd’hui on a tendance à penser uniquement au sentiment amoureux, voire à la sexualité, le concept divise dans les sociétés anciennes. L’amour est aussi la bonne entente d’un couple et donc du foyer. Une vision un peu plus chaste donc. À l’inverse, les déesses de l’amour sont parfois liées à la fécondité et la maternité, perçues comme les conséquences directes de l’amour.
Donc, selon les cultures, ces définitions de l’amour (séduction, sexualité, foyer et fécondité) s’entrelacent ou au contraire, se distinguent. On pourrait trouver ce dernier point logique lorsque l’on considère les mariages arrangés, mais il ne faut pas non plus croire qu’il n’y avait pas de mariage d’amour. Bien au contraire, mais j’y reviendrai une autre fois.
On ne sait pas quand sont apparues les premières déesses de l’amour ni même de quand datent les fonctions spécifiques des dieux. Il est difficile de comprendre la religion durant la Préhistoire, en raison du manque d’écrits. Les archéologues dépendent uniquement de l’interprétation des objets et des fouilles, et ne disposent pas de textes. Néanmoins, ils ont retrouvé des petites statuettes appelées « Vénus », qui représentent des femmes plantureuses, avec leurs particularités physiques exacerbées liées à la maternité. On suppose donc une fonction votive (pour faire un souhait) pour obtenir la fécondité.
Avec l’Antiquité, la mise par écrit des mythes nous apporte une source d’informations phénoménale sur les panthéons et l’attribut des divinités.
Avertissement : la présentation des déesses que je veux faire est davantage une « photo » de la mythologie et ne rend pas compte de l’évolution des figures dans le temps, les régions ou le temple qui les vénèrent. Au fil des siècles et selon les mythographes, les attributs ont changé, évolué ou fusionné avec une autre divinité.
La Mésopotamie
Ishtar/Inana est la déesse mésopotamienne de l’amour, de la guerre et de la fertilité. Elle incarne la passion amoureuse et la sensualité, mais aussi la violence et la destruction. Cet amour conjugal est représenté dans un mythe mentionné dans l’Épopée de Gilgamesh. Pour sauver son époux Tammuz/Dumuzi, Ishtar se rend aux Enfers pour l’y arracher.
Ishtar est vénérée en Mésopotamie et devient même la protectrice de plusieurs cités, voire la principale déesse, éclipsant les autres. Elle est liée au rite de la hiérogamie, un mariage sacré, durant lequel le souverain remplace Dumuzi et la prêtresse incarne Ishtar. Leur union symbolique ou réelle est censée garantir la pérennité du royaume.
La déesse phénicienne Astarté est considérée comme l’équivalent d’Ishtar.
Égypte
Dans l’Égypte ancienne, Hathor symbolise l’amour, la beauté, la maternité, la joie et la danse. Cette déesse à tête de vache porte entre ses cornes le disque solaire. On retrouve donc des symboles de la fertilité (la vache), ce qui explique son lien avec la maternité. La joie, la danse et la beauté évoquent la séduction. Cette figure illustre donc l’amour sous deux aspects : la séduction et la sexualité (avec la maternité qui en découle).
La maternité et le foyer sont protégés par Bastet, la déesse-chat. Un mot encore sur Isis. Si cette dernière n’est pas liée directement à l’amour, sa quête pour retrouver les parties du corps de son mari Osiris sert d’exemple d’amour et de dévotion conjugale.

Isis et Osiris, temple d’Isis de Philae, Assouan
Grèce antique :
Aphrodite est la déesse par excellence de l’amour, de la beauté et de la sexualité chez les Grecs. Née de l’écume de la mer, elle représente l’idéal féminin, et sa beauté est légendaire. Si la beauté est présentée comme un gage d’harmonie entre les époux (ben voyons), Aphrodite est aussi liée à l’amour hors mariage (avant ou pendant), et n’est pas en reste. Ses attributs évoquent à la fois la séduction (plantes odorantes qui servent aux parfums) ou la fécondité (la pomme et la grenade). Les animaux qui l’accompagnent représentent également cette dualité, entre des oiseaux blancs, symbole de pureté (colombe, oie), et les animaux réputés lubriques (bouc, bélier, lièvre).
D’autres divinités se rapportent à l’amour. Citons Héra, déesse du mariage, de la fécondité, de l’accouchement et de la fidélité, un comble quand on songe à son époux volage (Zeus). Ajoutons également Hédoné, spécialiste du plaisir et de la sensualité.
Rome
Les Romains reprennent les figures grecques. Je renvoie donc juste au-dessus pour les figures de Vénus (Aphrodite), de Junon (Héra) et de la personnification Voluptas (équivalent de Hédoné). La figure de Vénus semble partie de la déesse des Étrusques (un peuple préromain) Turan avant de fusionner avec Aphrodite.

La naissance de Vénus, Botticcelli
Scandinavie/Germanie
Chez les Nordiques, Frigg est la déesse de l’amour, du mariage et de la maternité. On la retrouve sous le nom de Frija ou Frea selon les régions. Frigg est une figure centrale en raison de son mariage avec Odin, qu’elle conseille. Elle partage avec lui la sagesse et la capacité de prédiction. Bien qu’elle ait connaissance de l’avenir, elle ne le révèle jamais. Frigg est également associée au voyage dans le monde des morts, sans parvenir toutefois à ramener son fils Baldr. Les récits vantent également sa beauté. Elle était invoquée pour faciliter les accouchements.
Freya est une déesse nordique assez proche de celle de Frigg, au point que les spécialistes se demandent s’il ne s’agirait pas de la même déesse. La proximité en allemand de leurs noms et de ceux de leur époux, accentue l’incertitude. Cependant, Freya appartient aux Vanes alors que Frigg est une Ase. Freya est la déesse de l’amour, de la sexualité, de la beauté, de la terre et de la fertilité. Lorsque son mari Odr disparaît, elle pleure des larmes d’or qui deviennent de l’ambre. On retrouve là encore le concept de dévotion conjugale. Pourtant, on prête à Freya de nombreuses relations extraconjugales. D’une grande beauté, elle possède un collier magique qui la rend irrésistible.
D’autres divinités sont également mentionnées dans une moindre mesure : Sjofn (amour et passion), Sif (fertilité et famille), Lofn (amours perdus et illégitimes).
Irlande
Aînée est, dans la mythologie celtique irlandaise, la déesse de l’amour et la fertilité. La plupart des traditions la disent issue du fils adoptif du dieu de la mer. Aine est vénérée pour favoriser l’amour des hommes. Son culte est associé à l’agriculture, et on retrouve donc ce lien entre amour et fertilité.
Inde
Rati est la déesse hindoue de l’amour, de la passion, et du plaisir charnel. Les textes décrivent sa beauté et ses qualités séductrices. Épouse du dieu de l’amour Kama, elle parvient à convaincre Shiva de le ressusciter. Elle n’a pas de lien avec la maternité.
Parvati est une déesse importante du panthéon hindou. Elle est l’épouse exemplaire et vénérée pour obtenir un mari et préserver l’entente.

Représentation de Parvati et Shiva
Mexique
Xochiquetzal est la déesse aztèque de l’amour et de la beauté. Représentée par des fleurs et des papillons, on la retrouve associée à la fertilité, la danse, les femmes enceintes et les prostituées.
Tlazolteotl est également une déesse aztèque liée à la terre, aux relations intimes, aux accouchements et à la maternité. Sa sœur, Tiacapan, est la déesse du plaisir.
Cette liste est loin d’être exhaustive. De nombreuses autres déesses liées à l’amour se retrouvent dans de nombreuses cultures à travers le monde, comme : Oshun (yoruba, afro-américaine),Siwa (slave), Jiutian Xuannü (chinoise), Sunu (chinoise) etc.
Je n’ai pas non plus mentionné les dieux de l’amour, pour éviter de surcharger cet article, et parce que les symbolismes ne sont pas les mêmes.

Représentation de Freya par Nils Johan Olsson Blommér (1852)
Il est intéressant de noter que les déesses de l’amour sont aussi associées à la violence ou à la guerre (Freya, Astarté, Jiutian Xuannü…). Cela évoque sans doute les situations extrêmes provoquées par l’amour : agression, jalousie, haine…
Il est aussi curieux de voir comment les concepts d’amour, de plaisir et de maternité se retrouvent parfois associés, parfois séparés selon les cultures. Néanmoins, on retrouve plusieurs le motif d’un amour si fort qu’il brave la mort, à la fois dans les exemples cités ici, mais aussi dans d’autres récits bien connus (Orphée, Déméter, etc.). De quoi nourrir un prochain article peut-être.
Il n’est pas rare non plus que les figures féminines du plaisir deviennent, après conversion au monothéisme, des démons. C’est le cas par exemple du démon Astaroth, mentionné dans la Bible sous le nom d’Astarté. Dans le monde arabe, la figure du folklore marocain d’Aicha Kandicha devient une jinn proche des succubes.
J’espère que cet article vous aura plu. Si vous aimez la mythologie, n’hésitez pas à parcourir mon site.

No Comments