Mon roman, le Vent des secrets raconte le tournant du milieu du XIXe siècle. Un moment charnière pour la politique de la France, avec la révolution de 1848, pour les idéaux européens et le début des revendications nationales, avec le Printemps des Peuples, mais aussi pour l’histoire de l’art.
Constance est une jeune fille qui a reçu une éducation bourgeoise dans la lignée des Lumières. Elle s’intéresse aux différentes formes d’art, dans la mouvance du courant romantique (dont je parle ici). À l’opposé, Émilien est un homme pragmatique, qui préfère le Réalisme, la science et la représentation brute de la réalité. Son éducation le rend sensible au Classicisme. Pour lui, l’art doit enseigner, se rapporter aux motifs antiques.
Si l’Art n’est pas le sujet principal du Vent des secrets, c’est surtout un outil scénaristique pour montrer les profondes divergences des deux personnages. Constance veut rêver, admirer la beauté de la nature, ressentir. C’est tout le contraire d’Émilien. Voici donc quelques œuvres dont je parle dans mon roman :
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La musique
La première rencontre entre Émilien et Constance a lieu à l’opéra, lors de la représentation de Nabucco de Verdi. Le chœur des esclaves (Va, pensiero) devient même un fil rouge à travers le roman, à la fois pour des raisons sentimentales que politique. En effet, Nabucco raconte la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor et la captivité des Hébreux à Babylone. Guiseppe Verdi se cache derrière cet épisode biblique pour raconter une réalité bien plus contemporaine pour lui : la domination autrichienne sur une partie de l’Italie. Va, pensiero devient même plus tard un des symboles de l’unité italienne.
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La peinture
Constance, comme beaucoup de ses compagnes, se rend régulièrement dans les galeries d’art. À l’époque, plusieurs courants artistiques s’affrontent. Pour faire connaitre leur travail, les peintres exposent dans des salons. Le principal, Le Salon de peinture et de sculpture, créé en 1648 par Mazarin, est le plus prestigieux. Les œuvres sont sélectionnées par un jury pour promouvoir les plus travaillées. Pourtant, on observe un certain formatage dans le style et le sujet, ce qui écarte naturellement les nouveaux courants.
Dans le Vent des secrets, je mets en avant plusieurs œuvres connues :
– Le dernier voyage du Téméraire, de Turner (1838) : on y voit le fameux voilier Le Téméraire, qui a permis la bataille de Trafalgar, être remorqué par un bateau à vapeur. Outre le style artistique, ce tableau est célèbre pour représenter l’obsolescence et la modernité.

Le dernier voyage du Téméraire, Joseph Mallord William Turner,1838
– le travail de Friedrich. Caspar Friedrich est un peintre romantique allemand célèbre pour son œuvre Le Voyageur contemplant une mer de nuages. Il a également peint des paysages en jouant sur la luminosité de l’aube ou du crépuscule. Dans mon roman, Joachim en a acheté un dans ce style.
–L’odalisque : c’est un thème courant dans la peinture du XXe, influencée par l’orientalisme. Ce courant artistique s’intéresse aux régions du Proche-Orient, d’Afrique du Nord et de l’Égypte de manière souvent fantasmée. On retrouve donc la représentation de sérail. Les odalisques sont des femmes plus ou moins déshabillées et allongées dans une pose lascive sur un divan dans un harem. Ce genre de tableau est à la mode au XIXe, et Constance en a un dans sa chambre à coucher, au grand dam d’Emilien. L’un des plus connus est celui d’Ingres, que je ne mettrai pas ici pour éviter d’agiter les censeurs.
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La littérature
La littérature n’est pas en reste dans le Vent des Secrets, puisque Constance et son père sont de gros lecteurs. Joachim a toujours laissé sa fille piocher dans sa bibliothèque, dans l’esprit d’une éducation libre. Il ne manque pas d’acheter les dernières nouveautés : Balzac, Hugo et Stendhal.
Lamartine a une place particulière dans mon roman, en tant que poète, qu’historien et surtout qu’homme politique. Voisin de Constance dans le Mâconnais, il l’invite à ses soirées et devient même son ami. Je parle donc à la fois de ses œuvres poétiques que de son Histoire des Girondins, qu’il écrit durant la période du Vent des Secrets.
Le comte de Monte Cristo, Alexandre Dumas : le roman a été publié sous forme de feuilleton dès 1844 dans le Journal des Débats. Constance ne manque donc aucun numéro !
Victor Hugo revient plusieurs fois dans le roman, pour des raisons différentes. La première fois, Constance découvre le scandale dans lequel se trouve l’écrivain. Sa maitresse Léonie d’Aunet, est arrêtée pour adultère, malgré l’accord de son mari pour cette liaison. Victor Hugo, en tant que pair de France, n’est pas inquiété. L’occasion de montrer la différence de traitement entre un homme et une femme en cas d’adultère. Heureusement pour lui, Victor Hugo (que j’admire beaucoup) revient de manière plus glorieuse dans le roman, notamment à travers son poème À une femme, qui sert de déclaration déguisée.
Le parcours de Victor Hugo, d’abord royaliste à cause de son éducation, puis fervent partisan de la république et de la dignité humaine, ressemble beaucoup à celui de mon personnage Émilien. Son poème, Écrit en 1846, est bien trop long pour être intégré à mon roman, mais il illustre parfaitement le parcours d’Émilien, celui d’un enfant élevé dans la haine de la Révolution avant de s’ouvrir aux idées républicaines. Fait amusant, je l’ai découvert bien après la première rédaction du roman.
« J’ai trop peu vu la France et trop vu la Vendée ; »
Pour les curieux de l’Opéra:

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