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Avis lecture: Lucrèce Borgia, La Princesse du Vatican, de C. W. Gortner

Vous connaissez ma passion pour les romans historiques. Si mes lectures se sont souvent tournées vers l’histoire de l’Angleterre (j’ai une passion pour les Turdors), j’ai fait dernièrement un crochet en Italie. Après la BD sur les Médicis au printemps, je me suis intéressée aux Borgia avec La princesse du Vatican de C. W. Gorner.

Pour information, j’avais commencé la série The Borgias, mais arrêté au milieu de la saison 2. Quant à Borgia, je ne l’ai pas regardée du tout quand j’ai appris qu’elle validait la légende noire de Lucrèce.

 

Résumé :

Dès son plus jeune âge, Lucrèce Borgia, la fille illégitime du pape Alexandre VI, est connue pour être d’une beauté envoûtante. Alors que la menace d’une invasion française gronde, son père la force à épouser Giovanni Sforza pour des raisons politiques. Lorsqu’elle découvre la vérité brutale derrière cette alliance, Lucrèce a recours à tout son esprit, toute sa ruse et tout l’amour de son frère, César, pour en réchapper. Plus tard, mariée en secondes noces avec un prince de Naples, la jeune femme goûte enfin au bonheur conjugal jusqu’à ce que des accusations scandaleuses de meurtre et d’inceste s’accumulent contre elle. Dès lors, Lucrèce ne cessera de se battre pour contrer le funeste destin imposé par le sang qui coule dans ses veines.

 

Avis :

Je dois revenir sur la question de la légende noire de Lucrèce, qui est célèbre, mais pas prouvée historiquement. Pour ceux qui ne le savent pas, selon les dires de l’époque, on l’accuse d’avoir eu des relations intimes avec son frère César. Une accusation facile destinée à ternir durablement et efficacement la réputation d’une femme. C’est notamment le cas pour Anne Boleyn (la 2e femme du roi anglais Henri VIII) et ce qui lui a valu sa décapitation. Bref, le scandale ultime. Évidemment, il est difficile de prouver un tel acte, mais, dans le cas de Lucrèce, il a été proféré en premier par son 1e mari, Giovanni Sforza, lors de la procédure d’annulation de leur mariage. Accusé de non-consommation du mariage, et donc d’impuissance, il en sort donc humilié. Le père de Lucrèce, le Pape Alexandre VI, n’était pas non plus populaire en raison de ses origines espagnoles et de l’existence de ses nombreux enfants.

Si je m’attarde sur cet inceste supposé, c’est qu’elle est au cœur de n’importe quel récit sur les Borgia, et surtout sur Lucrèce. Elle a nourri aussi beaucoup de fantasmes de la part des auteurs, des scénaristes et du public. Si cet épisode n’est ni prouvé ni impossible, je reste personnellement dubitative. Je ne conçois pas qu’on puisse romantiser une telle relation, comme cela a été fait dans les séries citées plus haut. J’attendais donc au tournant ce roman pour voir comme l’auteur allait l’aborder. Il l’aborde, mais d’une façon violente et inhabituelle (et pas non plus vérifiée). Heureusement, une note à la fin du livre relativise son point de vue et il reconnait avoir brodé sur une incertitude de l’histoire.

 

Pour revenir au roman en lui-même, je l’ai trouvé intéressant. Lucrèce est au cœur du récit, et présentée comme une très jeune fille qui subit les manigances de la cour romaine, et surtout celles de sa famille. Elle est finalement surtout victime de son temps et de sa naissance. À noter qu’elle n’a que 13 ans lors de son premier mariage. La violence est surtout le fait des hommes qui l’entourent, à commencer par ses frères. Ses parents ne sont pas en reste avec l’ambition Rodrigo devenu Pape et La Vanozza, mère détestable dans le livre.

Le roman décrit également les enjeux dans une Italie morcelée et plusieurs petits royaumes et cités indépendantes, et aux prises avec ses voisins français. Tout est un jeu politique, donc, en interne et à l’externe, et Lucrèce n’est qu’un outil dans un jeu d’alliances qui se font et se défont. Si le contexte est dense, l’auteur a choisi les éléments qui servaient à son propos sans s’alourdir d’événements plus complexes.

 

Je dois émettre un bémol concernant le roman. Les scènes de viol sont présentes et assez crues. Je ne suis pas certaine qu’elles aient été nécessaires, même si elle servait le propos de l’auteur et surtout son angle d’attaque du sujet. Personnellement, j’en ai marre d’en voir partout dans les romans, en particulier historiques (et souvent écrits pas des hommes). Comme si ça permettait de montrer à quel point les gens du passé étaient des sauvages, alors que, soyons honnêtes, nos contemporains ne se conduisent pas mieux. Bref, une scène en particulier m’a mise très mal à l’aise, et j’ai failli arrêter ma lecture.

Au final, j’ai terminé le livre et l’ai trouvé intéressant. Je suis contente de cette approche qui réhabilite Lucrèce et la replace dans un contexte de lutte de pouvoir et d’ambition. Par contre, je vais enchainer avec une lecture un peu plus douce.

 

 

 

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