Tranches d'Histoire

Le contexte historique : 2. Les années 1840.

Le Vent des secrets, mon dernier roman historique, se déroule de 1843 à 1848 et raconte la chute de la monarchie de Juillet (voir mon article précédent). Aujourd’hui, je vous propose d’en découvrir davantage sur cette page de l’histoire. Retour sur la décennies des années 1840 et ses bouleversements qui ont conduit au Printemps des peuples.

Comme tout changement de régime politique, plusieurs facteurs entrent en jeux. C’est donc un mélange de plusieurs crises, internes et externes, qui font vaciller le pouvoir en place:

  • Le bonapartisme

Dans mon roman, le père de Constance est bonapartiste. Il appartient à ce groupe social qui s’est élevé sous le Premier Empire : des bourgeois qui ont profité de la fuite des nobles après la Révolution, d’anciens combattants qui se sont illustrés au combat, etc.

Il existe donc une nostalgie de Napoléon dans la société française de l’époque, entretenue par le souvenir des avancées sociales mises en place par l’empire, et aussitôt annulées par Louis XVIII (droit du divorce, le Code civil, anticléricalisme…). Il faut aussi mentionner tout un courant historiographique qui idéalise les hauts faits de l’histoire de France. C’est le début des romans nationaux et leurs relents de patriotisme exacerbé (le roman national ou comment transformer un historien en Hulk).

À cela s’ajoute aussi l’œuvre du petit-neveu de Napoléon, un certain Louis-Napoléon Bonaparte, qui connait un fort succès et dans laquelle il mêle histoire et programme électoral avant l’heure. En bref, il joue sur le bonapartisme pour sortir de sa prison et, idéalement, trouver sa place dans la sphère politique (devinez qui sera empereur à son tour. voilà).

  • La réunification italienne

L’histoire de l’Italie est très complexe. Depuis le Moyen âge, ce territoire est morcelé en royaumes, en villes indépendantes, en républiques, en terres papales ou encore en territoires occupés par de grandes puissances étrangères. Au XIXe, une partie de l’Italie du Nord est sous l’emprise autrichienne. Cette présence est mal perçue, car contraignante et culturellement différente. L’idée d’une Italie unie, parlant italien (mais quel dialecte ?) et libre se développe et prend de l’ampleur. Au XIXe siècle nait également le concept de l’État-nation : l’idée qu’un pays (état) doit correspondre à une histoire et une culture commune (nation). L’Italie n’est pas la seule nation à se retrouver englobée dans des empires culturellement étrangers. L’Europe centrale et les Balkans revendiquent également une certaine autonomie.

>Dans Le vent des secrets, le personnage de Fabio illustre ce combat pour l’indépendance et l’unification italienne. Cette question en renforcée par le rôle de l’opéra de Verdi, Nabucco, dans le roman.

Dans son roman, Stendhal dépeint la nostalgie de bonapartisme en Italie ainsi que le poids de la domination autrichienne.

  • La révolution industrielle

Le Vent des secrets prend place en pleine révolution industrielle. Bien que la France soit un peu plus en retard que l’Angleterre en raison de ses périodes d’instabilité politique, les villes s’industrialisent. Les usines se développent, la population rurale gagne les centres urbains et leur cohabitation suscite bien des problèmes (surpopulation, problèmes sanitaires, trop grande proximité des usines…). Dans les milieux ouvriers, les conditions de travail et les revendications sociales mènent parfois à des révoltes. Les Canuts, les ouvriers des soiries lyonnaises, sont une bonne illustration de ces questions sociales.

>Emilien, pharmacien à l’Hôpital des Enfants malades, est confronté à ces questions sanitaires. Si le travail des enfants est réglementé, dans les faits, il reste d’actualité. Une partie du roman s’intéresse justement à ce sujet. Pour l’écrire, j’ai pu lire des revues médicales et pharmaceutiques (à comprendre aussi dans le sens chimique) de l’époque.

  • La Grande Famine

En 1845, une série de mauvaises récoltes et de mauvaises conditions météorologiques provoque une crise frumentaire. Toute l’Europe est touchée. Cependant, c’est en Irlande qu’elle fera plus de ravages. La monoculture de la pomme de terre en Irlande et son abandon à son sort par l’Angleterre provoque la Grande Famine, un épisode marquant (traumatique) dans l’histoire irlandaise. Le pays a vu sa population chuter à cause des morts et de la diaspora. Ce dramatique épisode a été largement décrit en littérature et au cinéma.

En France, cette crise frumentaire a provoqué une crise économique et devient l’un des facteurs de la Révolution de février.

Durant cette décennie, plusieurs visions de ce que doit être l’État se percutent. Il reste des nostalgiques de l’absolutisme et de l’empire, face à des propositions plus modérées, voire républicaines. Aux crises politiques s’ajoutent des crises économiques et frumentaires. Et pourtant, c’est aussi une période d’avancées en termes technologiques, artistiques, sociales et philosophiques. Si mon roman se passe essentiellement en France, c’est toute l’Europe qui est touchée. Cette effervescence d’idées m’a passionnée, ainsi que de voir comment elle a menée aux Printemps des Peuples (article à venir).

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