Tranches d'Histoire

Le contexte historique 3 : Le Printemps des Peuples

Le Vent des secrets raconte les prémices du Printemps des Peuples à travers l’histoire de Constance et Emilien. Aujourd’hui, je vous explique un peu plus cette 3e révolution en France.

  • Les prémices et les causes :

Je vais faire un petit coup de rappel de mes articles précédents à lire ici et ici.
Après la Révolution française (1789), la France enchaine les différents régimes politiques, entre république, empire et monarchie. C’est donc une première moitié de siècle très instable politiquement. Chaque changement fait des frustrés et des déçus, et enflamme les espoirs des nombreux camps.

 Depuis 1830, la France est une monarchie constitutionnelle dirigée par Louis-Philippe. C’est ce qu’on appelle la Monarchie de Juillet, un régime porté par les bourgeois, qui, après plusieurs lois sociales, finit par s’enliser dans le conservatisme. Les bourgeois et les investisseurs se sentent lésés, car ils n’ont pas accès au droit de vote. Se développe alors l’idée d’une ouverture du suffrage à un plus grand nombre, voire à tout le monde.

À l’international, ce n’est pas mieux. Les monarques voisins voient d’un très mauvais œil ces changements et ce manque de stabilité, sans compter que cela donne des idées. L’Italie est morcelée et le nord est dominé par l’empire austro-hongrois, qui ne partage donc ni la langue ni la culture. De nombreuses révoltes secouent la péninsule.  Au XIXe grandit l’espoir d’une Italie unie et libérée de l’envahisseur. Les Italiens ne sont pas les seuls à aspirer à l’idée de l’État-nation : un peuple = une nation. C’est la naissance du nationalisme (dans sa définition de l’époque). Il faut dire que le découpage opéré par le Congrès de Vienne en 1815 a renforcé les grands empires européens, et balayé les espoirs locaux. Certaines régions sont tombées sous la coupe d’autres puissances dont elles ne partagent pas la culture, ni parfois la même religion. Bref, la France et l’Europe sont des poudrières à cause des espoirs déçus des adeptes du libéralisme.

  • Une situation qui se détériore

Politiquement, la situation est tendue, mais ce sont les crises qui interviennent dans les années précédentes qui mettent le feu aux poudres. Une crise frumentaire d’abord, avec plusieurs mauvaises récoltes à partir de 1845. Si toute l’Europe est touchée, c’est en Irlande qu’elle fait le plus de mal, avec la tristement célèbre Grande Famine. Ce qui mène à une crise économique et sociale (augmentation du chômage, exode rural, condition de travail…)

  • La révolution de février

Durant l’année 1847, plusieurs banquets républicains ont lieu à travers la France. À cette époque, les réunions politiques sont interdites par le gouvernement français, mais pas les banquets. Lors de ces banquets, on y mange, certes, mais également on y discute et on porte des toasts. C’est là tout l’enjeu. Cette campagne de banquet n’est pas portée par une personne en particulier, si bien que les idées discutées et le contenu des discours ne sont pas uniformes selon les villes. Au départ, l’idée était surtout d’échanger sur la façon de moderniser la Monarchie de Juillet, pas de la supprimer. La grande idée est celle du suffrage universel. On porte même des toasts au roi.  Seulement, le contenu évolue parfois, avec des idées parfois hostiles au roi.

Le dernier banquet doit avoir lieu en février à Paris. Le gouvernement, qui voit la situation lui échapper, l’interdit. En dépit de l’interdiction de rassemblement prononcée, les partisans se retrouvent dans les rues pour protester le 22 février 1848. La manifestation devient une révolte, puis une révolution. On demande la démission de Guizot, puis celle du roi, tandis qu’en face, on envoie les troupes. Le 24, le roi est renversé et la IIe République est proclamée.

 

Puis, elle l’attacha et s’avança dans la foule en boitant. Silencieuse parmi les cris et les chants révolutionnaires, elle se dirigea vers la charrette. Le calme se fit dans l’assemblée pour laisser les cloches sonner le tocsin. Le rythme soutenu des battements notifiait l’urgence de la situation. Ce son qui résonnait d’ordinaire pour les incendies alertait ce soir de la catastrophe dans laquelle les Parisiens se trouvaient. Autour de Constance, les têtes se baissaient face à la tragédie. Les martèlements angoissants augmentèrent la tension ambiante, et la peur tordit davantage les entrailles de Constance. Lorsqu’elle parvint à proximité de la charrette, elle jeta une attention froide à ces corps au visage sans expression et au regard vide. Une femme ici, un homme là… Elle se retint d’y mettre les mains pour déplacer ces morts qui gênaient son exploration, avec le même détachement que s’il s’agissait d’une malle remplie de chiffons.

— Vous cherchez quelqu’un ? lui demanda une voix à côté d’elle.

Extrait: Le Vent des secrets

  • Les journées de juin 1848

Le Gouvernement provisoire met en place des mesures sociales rapidement : création des ateliers nationaux (sortent d’ANPE avant l’heure), suffrage universel masculin, abolition de l’esclavage, abolition de la peine de mort pour raisons politiques… Malheureusement, la situation peine à s’améliorer et, surtout, les élections législatives précipitées montrent la complexité de la situation. En effet, les électeurs, peu informés des enjeux politiques, s’en tiennent bien souvent aux consignes de votes des plus influents (curés, patron, maire, etc.). C’est un échec pour les socialistes et la victoire des conservateurs. La fermeture des ateliers nationaux provoque une insurrection, violemment réprimée.

  • L’embrasement de l’Europe

La France n’est pas le seul endroit où les évènements ont mal tourné. Les émeutes éclatent en Allemagne, en Italie, en Autriche, en Hongrie, en Pologne, en Italie, en Suisse… Si certaines entreprises sont un succès (libération de Milan), d’autres sont plus temporaires (Révolution sicilienne) voire un échec (Allemagne, Hongrie). Quelques changements de régimes ou de chef d’État ont lieu. Cela illustre bien le désir de république et d’indépendance à travers l’Europe et, surtout, cela crispe la question des États-nations, en particulier dans les Balkans.

Les historiens voient dans le Printemps des Peuples une des causes de la Première Guerre mondiale.  À noter également que l’expression « le Printemps » a été reprise par la suite pour nommer des mouvements sociaux et révolutionnaires (Le Printemps de Prague, le Printemps arabes…).

Les révolutions de 1848 en Europe. Source: wikipedia

Pour approfondir le sujet:

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